Daniel, avec cette ambition tranquille qui distingue les esprits sérieux des simples décorateurs, a poussé l’idée jusqu’à métamorphoser le marché d’Old Billingsgate en un Londres rêvé, où Tower Bridge se voie réinventé comme un décor de roman. Le pont, éclatant de mille feux, domine un sol humide où l’eau, docile et artificielle, imite les caprices de la Tamise, comme si la ville elle-même consentait à jouer la comédie.
La société, toujours avide de se contempler, s’y est pressée. Skepta, Kate Moss, Daisy Edgar-Jones, Kristin Scott Thomas, Erin O’Connor, des jeunes acteurs et même un boys band venu de Séoul portaient le Trench comme on porte une décoration en France : chacun selon son tempérament, mais avec cette conscience d’être observé. Le Trench, jadis manteau d’officier dans les tranchées de Verdun, semble désormais l’uniforme d’une aristocratie mondiale qui se reconnaît sans se connaître, et qui ne verra certainement jamais la guerre.
Les modèles défilent avec cette variété savante qui fait croire à la liberté tout en rassurant l’industrie : maille allongée ceinturée de cuir, boucles austères, carreaux étudiés, fourrures aux cols comme le souvenir d’un passé impérial. On croyait voir une armée pacifique, où chaque détail remplaçait une médaille.
La Tamise, imprimée sur les foulards et sur un T-shirt aperçu en coulisses, avait quelque chose d’un peu cliché, comme ces métaphores que les romanciers emploient quand ils craignent de ne pas être compris. Mais, la mode, comme la politique, vit de symboles visibles.
Cette collection, fort raisonnable sous ses audaces calculées, atteste surtout l’entente parfaite entre Lee et Joshua Schulman, ce dernier connu dans le milieu comme on désigne un ministre efficace : Monsieur Business. L’un rêve, l’autre compte, et Londres, comme une amante capricieuse, laisse tomber sa pluie avec une douceur obstinée.
FM

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